Obésité et malnutrition


Estimer avec exactitude la proportion de chiens obèses ou en sur-poids dans nos pays occidentaux relève de la gageure. De 10 à 40%, les chiffres varient selon les études. Mais tous les scientifiques s'accordent néanmoins sur un point : nos animaux de compagnie sont trop gros. Et il semblerait que chaque jour, les médias se fassent l'écho d'histoires cocasses ou dramatiques d'animaux de compagnie en sur-poids.

Comment les vétérinaires font face à ce problème de société ? De l'avis général, il est l'une des formes les plus courantes de malnutrition chez les animaux de compagnie. Selon la nutritionniste Laura Eirmann, les risques de l'obésité sur la santé s'observent au quotidien. Dans un débat relaté dans le Trends Magazine d'avril/mars 2009, cinq spécialistes de la nutrition animale font le point. C'est un fait, les animaux de compagnie en Occident ont pris du poids. En 2007, l'APOP (Association for Pet Obesity Awareness) a tenu une première journée dédiée à l'étude de la question. L'étude se fit sur près de 700 chiens et 300 chats. 43% des chiens et 53% des chats étaient en sur-poids. Certains praticiens n'ont pas l'impression de voir un grand changement depuis une quinzaine d'années, même si on ne peut nier l'existence de nombreux animaux obèses. Le débat sur l'obésité humaine et notre propre alimentation aurait naturellement dérivé sur nos animaux de compagnie et la façon dont nous les nourrissons, ainsi que sur le contrôle de leur poids. Néanmoins, d'autres études démontrent qu'en 2005, 40% des chiens aux États-Unis étaient obèses contre 22% en 1991. Leur population aurait donc doublé en à peine 15 ans.

L'obésité, une forme de malnutrition ?


La plupart des vétérinaires s'accordent à le dire, même si le terme s'applique plus naturellement aux personnes ne pouvant se nourrir en quantité suffisante. Mais la malnutrition peut être définie comme une nutrition pauvre ou mauvaise. De ce point de vue, l'obésité en est une sorte, puisqu'elle manque des choses très nécessaires à une santé équilibrée. C'est bien une forme de malnutrition d'une part, à cause des toxines et déficiences nutritives qu'elle entraîne. D'autre part, à cause des dérives de la société de consommation, qui fait que nous nous nourrissons trop des mauvaises choses, que nous bougeons moins que nos ancêtres. Et cela s'applique naturellement à nos animaux, devenus des membres de la famille humaine.
L'animal souffrira le restant de ses jours de problèmes engendrés par une obésité. Tout « patient » qui maigrira verra sa condition physique s'améliorer proportionnellement. Leur espérance de vie s'accroîtra de la même manière.
L'obésité liée au maître
Un élément semble rassembler tout le monde : l'obésité animale est intrinsèquement liée au maître. Beaucoup de propriétaires en sur-poids ont des animaux en sur-poids. Un maître très sportif aura rarement un animal trop nourri. Parfois, cette « obésité mutuelle » peut sensibiliser fortement les maîtres aux risques encourus par leur animal, et les rendre favorables aux recommandations. D'autres sont plus défaitistes. S'ils s'avouent déjà vaincus pour eux-mêmes, ils envisagent mal comment améliorer la santé de leur animal... Quand ils ne sont pas dans le déni total. Néanmoins, une étude de 2007 du Pet Obesity Awareness Day Study démontrait que la plupart des propriétaires estimaient le poids de leur animal à sa juste valeur, et 63% reconnaissaient qu'il était obèse. Rien à voir, donc, avec le déni évoqué très souvent (qui existe néanmoins, mais qui n'est pas général). Le problème est plus souvent un défaut de motivation.

Que faire pour combattre les idées reçues ?

Le rôle du vétérinaire est crucial sur cette question. En effet, un propriétaire qui recevra des conseils alimentaires et d'exercice pour son animal, fera naturellement le rapprochement avec sa propre santé. Faire faire de l'exercice à son animal oblige forcément le maître à en faire aussi. Très liées psychologiquement et socialement, l'obésité chez le maître et l'animal a aussi des points communs médicaux. Chez l'animal aussi, les risques de diabète entraînés par l'obésité sont importants.
Éduquer les maîtres apparaît comme la priorité n°1 pour les vétérinaires. Ils doivent être convaincus qu'il faut assurer à son animal un bien-être tout au long de sa vie. Leur indiquer comment les nourrir et comment les faire bouger est nécessaire. Laisser aux propriétaires le libre choix de l'alimentation est à risque, et il faut limiter les friandises. Aborder l'aspect « nutrition » lors des consultations ne doit pas être négligé.

Le lien maître-animal peut-il être néfaste ?

C'est un fait : certains maîtres très proches de leur animal auront tendance à le gaver, à lui donner friandises et restes de table à foison et, surtout, à nier qu'ils peuvent être en sur-poids. Sans être totalement négatif en estimant que l'amour trop envahissant du maître peut « blesser » l'animal, il faut que le praticien reste vigilant sur l'éducation du propriétaire. Certains rechignent à cela, mais c'est pourtant au vétérinaire que ce rôle incombe. La plupart des propriétaires ignorent que des gestes simples et quotidiens (comme le brossage des dents) doivent être accomplis. Expliquer un programme de régime, fournir les aliments adéquats pour le mener à bien sont la tâche du vétérinaire.
Fournir aux propriétaires des tableaux d'équivalence calorique est également une façon très imagée et parlante de leur faire prendre conscience que leurs habitudes alimentaires avec leur animal ne sont pas forcément bonnes. Une question délicate à aborder

L'article de Trends Magazine (novembre/décembre 2008) montre par une anecdote, à quel point il est souvent difficile pour le praticien de faire accepter à un propriétaire que son animal est en sur-poids. Pour peu que le propriétaire le soit lui-même, il prend ce diagnostic comme une critique personnelle. Et parfois, même l'objectivité d'une balance peut être remise en cause ou niée purement et simplement ! Le praticien, qui ne doit pas perdre de vue la santé globale de l'animal, se doit néanmoins de faire accepter cela au propriétaire. Comparer le poids entre deux visites par exemple, et selon l'âge et la vie de l'animal, peut être une bonne façon d'appuyer son diagnostic.

L'article démontre de façon intéressante à quel point il faut faire preuve de patience et de diplomatie pour aborder cette question. Commencer par les salutations usuelles peut permettre de jauger l'humeur du propriétaire. Poursuivre par un examen de routine, sans nécessairement s'attarder sur les questions de poids et d'alimentation, permet de la remettre à plus tard lors de la consultation et d'apaiser le propriétaire sûrement stressé par la visite. Il ne faut jamais sous-estimer le lien maître-animal : plus d'une fois, les propriétaires défendront leur animal comme s'ils avaient été attaqués eux-mêmes. Un vocabulaire différent, plus subtil, peut être utilisé. Peut-être également que peser l'animal sans autre forme de procès et sans commentaires, et de noter le résultat en le comparant avec la visite précédente, est encore la façon la plus simple de mettre les pieds dans le plat !
Comment alors, aborder la délicate question du surpoids de l'animal ? Commencer par présenter le bon état général de l'animal, puis glisser progressivement vers le problème est une façon plus diplomate de lancer le sujet. Poser des questions sur l'alimentation et le régime suivi par l'animal est également une possibilité.
Aussi incroyable que cela puisse paraître à un praticien, il ne faut jamais oublier que ce qui semble une remarque objective et purement médicale sur un problème crucial de santé (l'obésité), peut être perçue par les propriétaires comme une simple appréciation culturelle ou populaire du style « être mince est à la mode »... Sans sous-estimer l'impact de mots tels que « gros » ou « enveloppé » sur les esprits. L'insulte vise alors l'animal ET son maître, même si cela n'était nullement intentionné !
Si le propriétaire s'emporte au point de claquer la porte du cabinet (cela arrive plus qu'on ne le pense), le vétérinaire a tout intérêt à calmer le jeu en abordant très vite les aspects positifs de la santé de l'animal. Si aucun apaisement n'est possible, remettre la visite à une autre fois est la dernière solution envisageable.

Les erreurs à ne pas faire.

Informer davantage les maîtres sur les compositions caloriques des aliments donnés aux animaux est important pour qu'ils se sentent concernés. Par ailleurs, proposer chaque semaine un nouveau régime miracle ne favorisera pas l'intérêt pour des méthodes sérieuses.
Il faut également bien juger l'état du patient. Affamer un animal ne le rendra pas heureux, et son maître non plus. Il vaut mieux adapter son régime alimentaire que de faire de coupes sombres dans les quantités, sans rien changer au reste. Et la mise en place d'un suivi régulier est indispensable.
Le programme de l'Oradell Animal Hospital (N.J) : un exemple d'appréhension de l'obésité des animaux de compagnie.
Combattre l'obésité n'est pas une tache aisée, et les vétérinaires manquent souvent d'outils pour en discuter de façon constructive avec les propriétaires. Le numéro de Janvier/Février 2009 de Trends Magazine éclaire l'action d'un hôpital pour animaux dans le New Jersey (Etats-Unis), qui a mis au point un programme pour aider les propriétaires à faire maigrir leur animal, et surtout à atteindre ce but.
Le programme commence par une consultation d'une demi-heure, au cours de laquelle le propriétaire est invité à remplir un questionnaire sur l'alimentation de son animal (disponible sur le site web de l'hôpital Oradell.com), ce qui aide le vétérinaire à établir un historique. S'ensuit un examen clinique et enfin, la détermination de l'état physique et alimentaire de l'animal, ce qui est indispensable pour pouvoir affirmer objectivement aux propriétaires que l'animal est bien en sur-poids. D'après une étude par Pfizer Animal Health, sur 47% de cas d'obésité observés par les vétérinaires, seuls 17% étaient reconnus par les propriétaires des animaux concernés. Chiens et chats sont concernés de la même manière. Une observation confirmée par une étude de l'école vétérinaire de Maisons-Alfort (publiée dans le Journal of Feline Medecine and Surgery), qui démontrait que les propriétaires sous-estimaient souvent le sur-poids de leur animal.
La prise de conscience des propriétaires est crucial selon le personnel de l'hôpital, et se fait avec le vétérinaire, en examinant l'animal ensemble. En général, ce point acquis, les patients sont prêts à inscrire leur animal au programme qui dure 6 mois, qui comprend un rendez-vous mensuel d'1/4 d'heure et des visites de contrôle pendant 5 mois. La plupart des vétérinaires sont dubitatifs quant à la capacité des propriétaires à gérer le poids de leur animal, mais à Oradell, on est optimiste.
Le programme en lui-même, du côté de l'équipe vétérinaire :
Le praticien en chef présente à sa direction son plan en quelques lignes directrices, qui vont de l'équipement nécessaire au mode d'entraînement et au budget.
Construire une équipe enthousiaste est important, tout autant que de réunir des gens compréhensifs et humains envers les patients.
L'équipe doit pouvoir répondre à toute demande des propriétaires ou question sur un poids de nutrition et d'alimentation. Ceux qui possèdent des animaux sont invités à mettre en pratique certaines notions du programme pour mieux le comprendre et ensuite le diffuser.
Diffuser le programme via sites Internet, réseaux sociaux, brochures...
Faire en sorte que le programme soit peu coûteux. L'hôpital n'a pas besoin d'externaliser les régimes alimentaires (de faire établir les recettes à l'extérieur par exemple). Du côté des patients, ils s'acquittent d'une somme forfaitaire qui paye les visites d'avance, ce qui les incite forcément à se présenter aux visites de contrôle.
Faciliter la communication : si les patients ne peuvent se déplacer, l'hôpital leur fournit une balance, et peut faire le suivi par téléphone. Il n'est même pas nécessaire d'avoir un rendez-vous pour être reçu : tout le monde est le bienvenu.
Le programme existe depuis 2 ans et demi, et 73% de chiens et 27 % de chats l'ont suivi. D'après l'hôpital, il est encore trop tôt pour déterminer les effets à long terme. Une chose est sûre : 86% des clients venus une première fois sont revenus pour les visites de contrôle, et 79% des propriétaires ont poursuivi le programme pendant au moins 3 mois. A l'issu de ces 3 mois, près de 96% des animaux avaient perdu du poids.

Concernant les comportements canins, seul une soixantaine de vétérinaires français sont diplômés et habilités à dispenser ce genre de conseil. La confiance portée au vétérinaire confère un caractère vulnérable, que l'on pourrait considérer comme un abus de personnes vulnérables par les puissants. Confiance volontairement ou non abusé par ceux-là mêmes qui ont juré de protéger leurs santés.




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