Anthropomorphisme


Le piège de l'anthropomorphisme.


Définition:

"tendances à attribuer les sentiments, les passions, les actes, et les traits de l'homme à ce qui n'est pas homme." (Larousse)
 
"Le terme anthropomorphisme définit le procédé erroné et illégitime par lequel une pensée insuffisamment  critique attribue à des objets situé hors du domaine humain, objets naturels, objets divins ou animaux des prédicats empruntés à la détermination du domaine humain, à des fins explicatives ou simplement représentatives." (Hulton Getty).
 

Le premier exemple flagrant d'anthropomorphisme, vient de la mythologie grecque, qui attribuait aux Dieux de l'Olympe un mode de vie, des pensées, des formes et des comportements typiquement humains. La déité est d'essence fondamentalement humaine.
Homo sapiens a besoin d'un principe explicatif du fonctionnement du monde. Confronté à la puissance des éléments naturels, il attribue une âme aux phénomènes météorologiques, telluriques, ainsi qu'à certains objets et animaux empreints d'une signification spéciale.
Il s'agit d'une proto-religion, l'animisme.
Déjà, l'animisme, en donnant une "âme", attribue des caractéristiques "spirituelles" humaines à ce qui ne l'est pas. Les objets et les éléments ne sont plus des phénomènes aléatoires et aveugles, ils ont des intentions, ils interagissent avec les humains selon des causalités, des sentiments qui sont ainsi directement compréhensibles par Homo sapiens. L'homme n'est plus soumis à l'arbitraire, il est le centre de l'organisation planétaire qui agit selon les mêmes modalités que lui, il prend ainsi le contrôle de ce qu'il subissait auparavant en expliquant l'inconnu en fonction de ce qu'il connaît le mieux : lui-même. L'ensemble des systèmes religieux humains ne répondent en fait qu'à la même problématique : donner du sens à ce qui est mystérieux et incontrôlable, ramener l'ensemble de la cosmologie à la dimension de l'homme. L'essence de la spiritualité humaine est l'anthropomorphisme, l'explication par l'analogie auto-centrée.
La proxémie dans la domestication
En tant que prédateur carnivore, l'homme a toujours étudié les espèces animales dont dépend sa survie. Période de reproduction, migration, comportement de fuite, sources d'alimentation, territorialité, ces différentes données ont une importance stratégique quand il s'agit de localiser, traquer et tuer sa proie, pour assurer la subsistance du groupe.
La domestication a profondément modifié la vision de l'homme sur les animaux. Il ne s'agit plus tant de pourchasser la proie que de l'adapter pour qu'elle vive à ses côtés. Apparaissent alors les animaux domestiques, dont le schéma comportemental général est modifié par la proximité du monde humain. Les jeunes animaux sont ainsi "imprégnés" par l'homme, les comportements spécifiques à la vie en milieu naturel s'estompent ou se modifient.
On observe ainsi la permanence des comportements de jeu chez les animaux domestiqués adultes, alors que la pression du milieu naturel (prédation, fuite, défense du territoire... etc.) tend à minimiser les expressions spontanées de ce comportement commun aux plus jeunes dans les populations sauvages. La vie avec l'être humain apporte un "confort" en terme de nourriture, territoire et sécurité qui influe sur l'expression des comportements dits "naturels". Cette domestication comportementale s'accompagne parfois d'une raciation, voire d'une spéciation des animaux domestiqués, ce qui est le cas du loup, par exemple, dont la domestication a donné cette incroyable diversité de races canines. Quel est le rapport entre un teckel et un loup sauvage ? Quelques millénaires de vie dans la maison de l'homme.Mais la domestication n'a pas que modifié profondément les animaux qui en ont "bénéficié", elle a aussi changé le regard de l'homme sur ses compagnons. La proxémie particulière qui s'établit entre un animal et son maître amène souvent le maître à "humaniser" son compagnon à quatre pattes : "il ne lui manque que la parole". dogue argentin 17

Ainsi, nous prêtons facilement aux chiens et chats et autres chevaux des attitudes, des sentiments qui sont pourtant typiquement humains, la proxémie avec eux nous conduisant à abolir les frontières inter-spécifiques et à les considérer comme des sortes de congénères, oubliant par là même ce qui fait leur spécificité en tant qu'animaux.

Pour le chien, le maître est bien un congénère, son chef de meute. Il ajuste ses comportements en fonction de cette donnée. Mais que le maître se comporte avec lui comme avec un enfant n'entre pas dans ses schémas comportementaux et provoque chez lui des comportements de dominant, ce qui est interprété par le maître comme de l'agressivité.
Ces contre-sens comportementaux s'expliquent facilement par l'ignorance qu'a l'anthropomorphisme des spécificités de chaque animal, du fait que le monde, tel que nous le percevons, nous est propre à nous, humain et n'est pas le monde tel qu'il existe pour les autres animaux.
Chaque espèce animale vit dans un monde perceptif et significatif qui lui est propre, c'est son Umwelt, son monde propre. Ce qui est signifiant pour l'un (mouvement, couleurs, bruits, odeurs) n'existe parfois pas du tout dans le monde de l'autre, les stimuli sont propres à chaque espèce, et de plus, sont plus ou moins signifiants selon l'état perceptif de chaque individu.
Ainsi, l'odeur d'un bon poulet rôti est plus significative pour moi lorsque j'ai faim que lorsque je suis rassasiée, à ce moment d'ailleurs, cette odeur n'est plus appétissante, elle peut être vaguement écœurante. Cette même odeur laissera indifférent un animal végétarien. Et mon chat se délecte de nourriture dont l'odeur m'est particulièrement répugnante.
Mon chat est un voleur
Cette phrase est l'illustration parfaite de l'anthropomorphisme. De quoi nous parle t'elle ? Du fait que le chat de la maison s'est saisi d'un morceau de viande qui ne lui était pas destiné. C'est un fourbe. Le chat a d'ailleurs attendu que le morceau de viande ne soit plus l'objet de la surveillance de son maître pour s'en saisir.
Dans un monde d'humains, où chacun s'entend à reconnaître l'existence de la propriété privée, ces deux phrases ont un sens. Mais dans le monde du chat, ces considérations n'ont pas cours. Le chat est un prédateur. Il a senti l'odeur alléchante d'une nourriture potentielle, mais hors de portée, car sous la garde d'un prédateur plus grand et fort que lui. Quand le maître s'éloigne du morceau de viande, il abandonne la proie au plus rapide, le chat n'a aucun moyen de savoir que cette absence est temporaire, que le maître conserve l'idée que même hors de vue, cette viande reste la sienne. A ce moment, le chat agit selon son "programme" de chat : il se saisit de la proie et l'emporte plus loin pour la déguster tranquillement. Le vol, la propriété, l'absence temporaire, toutes ces notions appartiennent seulement au monde de l'homme et n'ont pas d'existence possible dans le monde du chat.
Le monde du chat se construit autour de ses perceptions physiques et de leurs significations comportementales propres à son "programme initial". Il voit avec son museau. Le monde est avant tout une très large palette de fragrances très stimulantes pour lui. Il distingue les volumes, les distances à travers ses moustaches, très sensibles au contact. Son ouïe très fine guette les grattements et couinements propres à ses petites proies favorites et reste plutôt sourde à vos longs discours. Il ne "voit" pas vraiment les objets immobiles et sans odeur, mais le mouvement rapide l'excite au plus haut point. Dans la même pièce que vous, votre chat vit dans un monde totalement différent du vôtre, et les choses qui sont signifiantes pour lui, une mouche, un rayon de lumière, l'empreinte olfactive de votre semelle qui revient de l'extérieur, tout cela n'existe quasiment pas pour vous.
La communication inter-spécifique
Le fait que chaque espèce animale vive dans son monde propre limite les possibilités de communication inter-spécifique. Comme le disait donc le professeur Goldberg, nous ne sommes pas chez Walt Disney : les animaux ne parlent pas "homme", ne vivent pas "homme", ne"pensent pas homme", et l'anthropomorphisme est le pêché de jeunesse de l'étudiant en éthologie. En ce sens, Walt Disney est le maître de l'anthropomorphisme.
Cependant, l'homme, à travers ses capacités d'observation et d'empathie naturelle, tente souvent et parvient parfois à passer les barrières inter-spécifiques. L'éthologie, en fournissant des méthodologies et des grilles de lectures comportementales, nous aide à mieux comprendre les comportements des autres espèces animales, voire même parfois ceux de nos propres congénères. C'est ainsi que l'éthologie a ouvert de grandes perspectives dans l'étude des comportements des enfants pré-verbaux, nous permettant de comprendre au fur et à mesure que les petits de l'homme sont aussi des personnes, avec leurs langages et leurs perceptions, sans être non plus des adultes en miniature.
La connaissance des mondes perceptifs propres à chaque espèce, la description des comportements spécifiques nous amène à une plus grande compréhension des animaux qui nous entoure et parfois nous permet de "parler" chien, chat ou cheval, d'établir de fragiles passerelles de communication entre les espèces.

Agnès Maillard
 
Photo:del sol y del as estrellas. Cliquer sur l'image pour y accéder



Concernant les comportements canins, seul une soixantaine de vétérinaires français sont diplômés et habilités à dispenser ce genre de conseil. La confiance portée au vétérinaire confère un caractère vulnérable, que l'on pourrait considérer comme un abus de personnes vulnérables par les puissants. Confiance volontairement ou non abusé par ceux-là mêmes qui ont juré de protéger leurs santés.


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