Les Pierres Closes


Cet après midi, enfin voici ce sublime  printemps qui renaît, le même qu’il y a 5 000 ans que mes ancêtres devaient vénérer comme moi aujourd'hui. Sur ce sentier de randonnée, les Pierres Closes offrent au marcheur un mégalithe, un monument funéraire. Sous l'énorme table au creux de se bloc de pierre, ils sont venu ici déposer leurs morts et les pleurer sûrement. Ces hommes et ces chiens qui comme nous deux foulèrent cette terre, ont pourtant trouvé suffisamment de forces et de ressources pour prolonger la vie.

Je remonte le temps, j'imagine leurs relations. Je me replonge dans ma propre joie d'enfant quand ma main caressait le chien inconnu, je constate mon exaltation devant ces animaux sauvages qui se laissent observer et surtout je me souviens de ses longues escapades avec mon chien et du sentiment empreint de vérité  à partager un maigre repas avec lui.

Je sonde le temps qui passe et je me lamente qu'en si peu d'années l'homme ait pu faire autant de ravages. J'aimerais succomber à la tentation et partir loin de ce monde moderne, trouver au détour d'une piste une de ces prairies tondues par les ragondins, cachée entre les hauts herbages. Je m'allongerais sur cette pelouse tendre, écoutant d'une oreille les bruits de mon chien , les yeux perdus dans mes rêves. J'oublierais cette civilisation où je ne trouve pas ma place, je laisserais mon esprit libre de toute entrave entraîner mon cœur vers ce qu'il me réclame.

Seulement j'ai autre chose à faire. Ma rébellion ne me laissera pas en paix. J'en ai assez  de ce conformisme, de détourner les yeux, écœurée par les déchets laissés sur les chemins. Des jouets d'enfants, des restes de Mac Daube abandonnés par le couple d'amoureux du dimanche soir, de la dizaine de pneus, du bidon d'huile et du filtre qui va avec, le tout parsemé de cannettes et de bouteilles en tout genre. Les restes les plus répugnants sont ceux du pêcheur. Boites en plastique où il y a longtemps que les asticots ont disparu, lignes entières où moi-même je me prends les pieds, parce que celui-ci proclame qu'il est proche de la nature, tout comme le chasseur qui laisse ses cartouches là où il a tiré.

Armée de cette rage et d'un simple sécateur j'avance accroupie pour aller chercher les bouteilles qu'ils ont pris soin de lancer au milieu des broussailles. Le soleil chauffe tant que je  quitte mon blouson et sur mon dos rien d'autre qu'un léger débardeur où les ronces en profitent pour se venger.   Leurs détritus me lèvent le cœur et je les imagine buvant leur bière et la jeter, tout comme je cherche à puiser au fond de moi cette détermination que j'ai nourrie depuis des mois de débarrasser cet endroit de ces souillures. Je fouille sous le lierre qui recouvre le sol et l'odeur de l'humus adoucit ma rancœur. Je réveille cet élan qui me pousse à  refuser  cette infirmité de l'homme à mépriser ce qu'il ne connait pas.

Mon chien vient souvent me chercher, m'alerte de la présence d'un passant, tourne un peu en rond et me fixe d'un air plein de regrets. Il sait que ces grands sacs poubelle signifient que nous n'irons pas à travers les champs. Ce n'est pas la première fois. Il me faudra deux bonnes heures pour nettoyer seulement vingt mètres de ces fossés. J'en sors trois gros sacs. Je trie bien sur, une quarantaine de bouteilles en verre dans un et tout le reste dans les autres. On peut en trouver autant jusqu'à l'écluse de la Tête de Loup et encore après, partout où l'homme passe. Dans un siècle rien n'aura  disparu. Qui le fera si je ne ramasse pas ? Mes petits enfants viendront peut être eux aussi sur les pas de leurs aïeuls, pique-niquer sur les bords du canal, s'allonger dans l'herbe fraîche à l'ombre des grands marronniers.

Insignifiant sacrifice finalement. Demain ils reviendront et quand ils repartiront ils laisseront à la nature leurs immondes souvenirs. Sur ce territoire de nos ancêtres, hommes et chiens, j'ai laissé sur les bords du canal de Charras une dizaine de pneus que même la déchetterie de Rochefort ne veut pas. Mais un autre jour je recommencerai. J'irai encore salir mes mains avec leurs pourritures infâmes mais je  garderai au creux de moi cette volonté de mes propres pensées, de préférer ma colère  que d'accepter avec mollesse, d' agir même de façon dérisoire, pour m'accrocher à l'espoir que les  choses peuvent encore changer.

22/02/2017

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